La célèbre académie bouddhiste de Larung Gar dans l’est du Tibet confrontée à une nouvelle vague de démolitions

Une nouvelle vague de démolitions visant au moins 1 060 habitations de moines et de nonnes a débuté à l’Académie bouddhiste des Cinq Sciences de Serthar Larung, plus connue sous le nom de Larung Gar, dans le district de Serthar (chinois : Seda), préfecture autonome tibétaine de Kardze (Ganzi), dans la province du Sichuan, selon une source bien informée qui s’est confiée à International Campaign for Tibet (ICT).

ICT s’inquiète de cette nouvelle campagne de démolitions dans l’un des plus grands centres du bouddhisme tibétain au monde. Elle y voit un nouveau durcissement des restrictions à la liberté religieuse, dans un contexte d’intensification des politiques coercitives d’assimilation menées par le gouvernement chinois au Tibet depuis l’entrée en vigueur, le 1er juillet, de la nouvelle Loi sur l’unité et le progrès ethniques.

Selon la source, les démolitions ont commencé aux alentours du 13 juillet 2026 et sont menées de nuit, ce qui est perçu comme une tentative des autorités d’empêcher toute documentation publique, couverture médiatique ou observation par satellite. Au 15 juillet 2026, six habitations avaient déjà été détruites. La source a demandé à conserver l’anonymat par crainte de représailles.

Toujours selon cette source, les autorités ont inscrit au moins 1 060 logements de moines et de moniales sur la liste des bâtiments destinés à être démolis dans le cadre de cette nouvelle opération.

En raison du contrôle extrêmement strict de l’information, la source n’a pas été en mesure de fournir davantage de détails, notamment sur les motifs invoqués par les autorités pour justifier ces destructions. Plus tôt cette année, un voyageur s’étant rendu à Serthar, où se trouve Larung Gar, a confirmé cette situation dans une vidéo en chinois publiée en ligne : « Pour résumer brièvement les principaux changements à Serthar en 2026, un mot me vient à l’esprit : les restrictions. Il y a des restrictions partout : sur les endroits où l’on peut aller, sur la durée du séjour, et même sur les horaires des navettes. Dans l’ensemble, ces mesures ne rendent pas vraiment la visite agréable. »

Capture d’écran d’une vidéo publiée par un voyageur s’étant rendu à Larung Gar en 2026, confirmant les fortes restrictions en vigueur à Serthar.

Depuis 2001, les autorités chinoises ont à plusieurs reprises pris pour cible Larung Gar, procédant à des démolitions massives, expulsant moines, moniales et pratiquants laïcs, et détruisant de vastes quartiers résidentiels afin de réduire drastiquement la taille de ce centre fondé par le défunt maître bouddhiste tibétain Khenpo Jigme Phuntsok.

Fondé en 1980 afin de faire renaître l’étude du bouddhisme et la pratique de la méditation après les ravages de la Révolution culturelle de Mao Zedong, Larung Gar est progressivement devenu l’un des centres les plus influents pour l’enseignement de la langue, de la culture et de la religion tibétaines, attirant des milliers de pratiquants bouddhistes chinois en plus des Tibétains.

Photo non datée de Larung Gar montrant une large bande vide créée par les démolitions menées par les autorités chinoises.

En 2001, les autorités chinoises ont réduit de moitié la taille de Larung Gar en démolissant les logements d’environ 8 000 moines et moniales, y compris des pratiquants chinois. Malgré ces destructions et les restrictions imposées aux déplacements de Khenpo Jigme Phuntsok, l’académie est parvenue par la suite à reprendre une partie de ses activités.

Cependant, en 2016 et 2017, près de 5 000 habitations ont de nouveau été détruites, tandis que la population résidente, qui comptait alors environ 10 000 personnes, a été réduite de moitié conformément à un ordre du gouvernement central, dont une copie a été obtenue et traduite par Human Rights Watch. Environ 5 000 moines et moniales ont été expulsés à cette occasion.

En février 2017, six experts des Nations unies ont indiqué avoir adressé une communication conjointe à la Chine, estimant que les événements survenus à Larung Gar violaient le droit international relatif aux droits humains et constituaient « des attaques concertées contre le patrimoine culturel matériel et immatériel, représentant de graves violations des droits culturels des générations présentes et futures ».

Cette carte montre la localisation de Larung Gar et ne limite pas le Tibet à la seule Région autonome du Tibet, le Tibet comprenant également les régions tibétaines des provinces du Sichuan, du Qinghai, du Gansu et du Yunnan.

Depuis le milieu de l’année 2019, les autorités chinoises ont également pris des mesures visant à réduire l’influence des dirigeants religieux tibétains et à limiter les activités de Larung Gar en restreignant la participation des étudiants chinois à l’académie. En conséquence, le nombre de pratiquants chinois, autrefois très important, a chuté jusqu’à devenir marginal. Cette campagne s’est encore intensifiée en novembre 2021, avec la séparation forcée des pratiquants bouddhistes chinois des autres résidents.

Alors qu’en 1991 Larung Gar ne comptait qu’une trentaine à une quarantaine de résidents Han disposant d’un logement semi-permanent, leur nombre avait progressivement augmenté jusqu’à atteindre un quota officieux d’environ 2 000 moines et moniales Han parmi les quelque 5 000 pratiquants autorisés à résider dans l’académie après la réduction imposée par le gouvernement. Outre son enseignement à Larung Gar, Khenpo Jigme Phuntsok dispensait également des enseignements bouddhistes dans de nombreuses villes de Chine.

Au début des années 1990, Khenpo Jigme Phuntsok avait également voyagé à l’étranger, notamment en Inde, où il avait rencontré Sa Sainteté le Dalaï-Lama. Toutefois, à partir du milieu des années 1990, les autorités chinoises lui ont refusé toute autorisation de quitter le pays jusqu’à son décès, le 7 janvier 2004, à Chengdu, dans la province du Sichuan, à l’âge de 70 ans.

« Khenpo Jigme Phuntsok a consacré toute son énergie à préserver et promouvoir la foi religieuse propre à l’ensemble des Tibétains », avait déclaré à l’époque Lodi Gyari, alors envoyé spécial du Dalaï-Lama.

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