Le Parlement européen a adopté cette semaine un nouveau rapport sur les relations politiques entre l’Union européenne et la Chine, appelant à une politique européenne plus coordonnée et davantage centrée sur les droits humains à l’égard de Pékin. Le texte réitère également les préoccupations concernant les politiques d’assimilation menées par la Chine au Tibet. Bien que le rapport contienne de nombreuses déclarations encourageantes sur le Tibet, notamment un appel à la Chine à ne pas intervenir dans le choix du prochain Dalaï-Lama, ICT espère que ces engagements se traduiront par des mesures concrètes de l’Union européenne, susceptibles d’améliorer véritablement la situation du peuple tibétain.
Le rapport, adopté lors de la session plénière du Parlement européen à Strasbourg le 7 octobre, aborde un large éventail de défis dans les relations entre l’UE et la Chine, des préoccupations économiques et sécuritaires au soutien de la Chine à la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine, en passant par les tensions dans le détroit de Taïwan. Tout en soulignant l’importance de maintenir le dialogue avec Pékin, le rapport réaffirme que l’UE doit mener une « politique à l’égard de la Chine fondée sur des principes, cohérente et centrée sur les droits humains ». Il exhorte également l’Union à « maintenir fermement la pression sur la Chine en matière de défense des droits humains et à ne pas faire abstraction de ces droits dans les relations entre l’UE et la Chine ».

Sur le Tibet en particulier, le rapport exprime sa « profonde préoccupation » face à la répression systématique et aux politiques d’assimilation forcée menées par la Chine au Tibet, notamment les « tentatives de sinisation forcée et de destruction du patrimoine culturel ». Il réitère les appels précédemment lancés par le Parlement en faveur de l’abolition du système d’internats scolaires pour les enfants tibétains et demande à la Chine de s’abstenir de toute ingérence dans la désignation des chefs spirituels du bouddhisme tibétain. Le rapport qualifie une telle ingérence de « manœuvre politiquement calculée » visant à saper l’autorité spirituelle, la culture et l’identité tibétaines. Il réclame également des informations sur le lieu où se trouve le Panchen-Lama et exige la libération inconditionnelle des prisonniers politiques. Il appelle par ailleurs à soulever ces préoccupations lors des rencontres diplomatiques avec les représentants chinois.
Concernant la nouvelle loi chinoise sur l’« unité ethnique », le rapport s’inquiète du risque qu’elle fasse davantage « porter atteinte aux droits linguistiques, culturels et religieux des minorités ethniques ». Il demande l’abrogation de son article 63, qui permet à la Chine d’exercer sa compétence juridictionnelle sur des personnes résidant dans des pays tiers.
Le rapport aborde également les inondations survenues en août le long de la frontière entre le Népal et le Tibet. Il appelle les autorités chinoises à fournir des données exhaustives et vérifiables sur le nombre de victimes, ainsi qu’à autoriser les observateurs indépendants, les journalistes et les organisations humanitaires à accéder aux zones tibétaines touchées. ICT avait précédemment alerté sur l’absence d’accès indépendant, les restrictions à l’information et la nécessité de renforcer la transparence et la responsabilité des autorités à la suite de cette catastrophe.
« Avec ce rapport, le Parlement européen envoie un message clair : les violations des droits humains commises par la Chine au Tibet et ailleurs ne peuvent être reléguées au second plan dans les relations entre l’UE et la Chine », a déclaré Tencho Gyatso, présidente d’International Campaign for Tibet. « Cette prise de position ferme contre les politiques d’assimilation menées par la Chine au Tibet intervient à un moment particulièrement important. La nouvelle loi chinoise sur l’« unité ethnique », entrée en vigueur le 1er juillet 2026, institutionnalise ces politiques et porte davantage atteinte aux droits humains des Tibétains, ainsi qu’à leur langue, leur culture et leur identité. »
Le rapport souligne que les droits humains doivent être au cœur des relations entre l’UE et la Chine
Lors du débat précédant le vote sur le rapport, plusieurs députés européens ont souligné qu’un rapprochement avec la Chine ne pouvait se faire au détriment des droits humains. « Le partenariat ne peut pas être synonyme de silence. Ni sur les Ouïghours, ni sur le Tibet, ni sur Hong Kong », a déclaré Hilde Vautmans, rapporteure du texte.
La Commission européenne, représentée par Michael McGrath, commissaire européen à la démocratie, à la justice, à l’État de droit et à la protection des consommateurs, a également souligné la nécessité de soulever la question des « violations systémiques des droits humains au Xinjiang, au Tibet et à Hong Kong » dans le cadre des relations de l’UE avec Pékin.

La position du Parlement européen sur le Tibet est restée constante ces dernières années, avec des appels répétés à mettre fin aux politiques qui portent atteinte à l’identité culturelle et religieuse tibétaine. En décembre 2023, le Parlement a notamment demandé l’abolition immédiate du système chinois d’internats scolaires publics pour les enfants tibétains. En mai 2025, il s’est opposé à l’ingérence du gouvernement chinois dans la désignation des chefs spirituels du bouddhisme tibétain, notamment du Dalaï-Lama. En avril 2026, le Parlement européen a également adopté une résolution exprimant ses préoccupations quant aux conséquences de la nouvelle loi chinoise sur l’unité et le progrès ethniques pour les langues, les cultures et les pratiques religieuses des Tibétains et d’autres populations non chinoises, ainsi qu’à son éventuelle application au-delà des frontières de la Chine. Ces préoccupations figuraient également dans une analyse de cette loi publiée par ICT, transmise aux députés européens avant l’adoption de la résolution.
Le nouveau rapport sur les relations entre l’UE et la Chine inscrit désormais ces préoccupations dans le cadre plus large des relations entre l’Union européenne et Pékin. Il souligne ainsi que les questions relatives aux droits humains au Tibet doivent rester au cœur des relations politiques de l’UE avec la Chine, plutôt que d’être abordées uniquement lors de discussions spécifiquement consacrées aux droits humains. Dans ce contexte, l’UE devrait également envisager de nommer un coordinateur spécial de l’UE pour le Tibet, afin d’améliorer la coordination et la cohérence de sa politique sur le Tibet et de veiller à ce que cette question soit effectivement prise en compte dans l’ensemble de ses relations avec la Chine.
Le rapport appelle également l’UE à « dialoguer avec la Chine afin de renforcer et de rendre plus efficace le dialogue UE-Chine sur les droits humains, pour maintenir fermement la pression sur la Chine ». Il souligne en outre que les préoccupations relatives aux droits humains doivent être soulevées « lors de chaque rencontre politique avec des représentants chinois ». Cette position fait écho aux préoccupations de longue date des organisations de la société civile, dont l’International Campaign for Tibet, quant à l’impact limité de ce dialogue sur la dégradation de la situation des droits humains en Chine.
Ces dernières années, des ONG ont appelé à une réforme en profondeur de ce dialogue. Elles estiment que les droits humains ne devraient pas être cantonnés à un mécanisme de discussion spécifique qui n’a produit aucun résultat concret, mais devraient être systématiquement abordés dans l’ensemble des échanges politiques entre l’UE et la Chine. À ce jour, aucune date n’a été confirmée pour le prochain dialogue UE-Chine sur les droits humains ni pour le prochain sommet UE-Chine.
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