De récentes photographies et images satellites montrent que les autorités chinoises poursuivent leur nouvelle campagne de démolition des logements monastiques de l’Académie bouddhiste des cinq sciences de Larung Gar, plus connue sous le nom de Larung Gar, à Serthar (chinois : Seda), dans la préfecture autonome tibétaine de Kardze (Ganzi), dans la province du Sichuan, à l’est du Tibet. International Campaign for Tibet (ICT) avait déjà fait état de cette nouvelle campagne de démolitions lancée par les autorités le 13 juillet à Larung Gar, l’un des plus grands instituts bouddhistes tibétains au monde. Des images et vidéos prises le 13 août, ainsi que des images satellites datées du 27 juillet, obtenues par ICT, et du 14 août, obtenues par Radio Free Asia (RFA), révèlent la destruction systématique des logements monastiques de Larung Gar.
Les recherches d’ICT montrent que la destruction physique des logements monastiques de Larung Gar s’accompagne d’une campagne idéologique menée de longue date pour « siniser » le bouddhisme tibétain et éroder l’identité religieuse et culturelle tibétaine, tout en imposant une identité nationale définie par l’État et fondée sur la loyauté envers le Parti communiste chinois (PCC). Associées à un endoctrinement politique continu, ces démolitions perturbent l’étude et la pratique collectives à Larung Gar et affaiblissent la capacité de l’institut à fonctionner comme un centre autonome d’enseignement du bouddhisme tibétain.
« La destruction à Larung Gar ne se résume pas à la démolition de bâtiments ; elle s’inscrit dans une campagne systématique plus vaste visant à placer le bouddhisme tibétain sous le contrôle du PCC », a déclaré Tencho Gyatso, Présidente d’International Campaign for Tibet. « En démolissant les logements qui permettent l’étude collective du bouddhisme tout en soumettant les religieux à un endoctrinement politique incessant, le gouvernement chinois s’attaque à la fois aux fondements matériels de la vie religieuse et aux croyances, à l’identité et à la communauté tibétaines qu’ils contribuent à préserver. »
« ICT appelle la communauté internationale à intervenir de toute urgence en faisant pression pour obtenir l’arrêt immédiat des démolitions, un accès indépendant à Larung Gar et la protection des religieux et des résidents qui y vivent. ICT appelle également les dirigeants du monde entier à soulever directement la question de Larung Gar auprès des autorités chinoises et à leur demander des comptes pour les violations de la liberté religieuse et des droits culturels des Tibétains », a ajouté Tencho Gyatso.
Les photographies prises le 13 août montrent des équipes de démolition s’attaquant aux logements monastiques, tandis que des images satellites haute résolution datées du 27 juillet montrent que les démolitions se concentraient autour du centre de l’institut. Les images du 14 août obtenues par RFA montrent une zone démolie autour du centre, ainsi que la route incurvée menant aux structures centrales, désormais dégagée, ce qui apporte de nouvelles preuves que les démolitions se sont poursuivies après le 27 juillet.
Des sources ont indiqué à ICT que cette phase des démolitions devait s’achever d’ici le 20 août. L’ICT craint qu’une nouvelle phase ne soit lancée, les autorités ayant annoncé leur intention de démolir au moins 1 060 logements. Malgré le renforcement de la surveillance ainsi que les restrictions sur les communications et les déplacements, l’ICT continuera de suivre l’évolution de la situation à Larung Gar.
Des images témoignent des démolitions
Les photographies suivantes de Larung Gar ont été prises un mois après le début des démolitions. Dans leur ensemble, elles confirment visuellement l’ampleur des opérations, menées à l’aide de plusieurs pelleteuses et équipes de chantier. Elles montrent également que les démolitions ont eu lieu de jour comme de nuit et qu’elles ont touché les zones résidentielles situées au cœur de l’institut.

Une photographie prise en journée montre les opérations de démolition au milieu des logements monastiques rouges densément regroupés qui caractérisent Larung Gar. Plusieurs pelleteuses se trouvent sur un versant, au milieu d’importants tas de gravats et de débris provenant des bâtiments détruits. Des ouvriers portant des casques rouges et des gilets jaunes haute visibilité sont visibles le long d’un passage bordé d’une rambarde jaune et parmi les ruines.

Une autre photographie, prise de nuit, montre une grande pelleteuse SANY opérant sous de puissants projecteurs sur une pente escarpée jonchée de gravats, au milieu de tas de béton brisé, de briques et autres débris. À l’arrière-plan, un grand bâtiment aux toits dorés illuminés, très probablement le hall principal de l’institut situé au centre de l’académie, est toujours debout, soulignant la proximité des travaux de démolition avec le cœur du complexe.

Une autre photographie montre une pelleteuse Zoomlion en hauteur sur un versant, en train de démanteler des structures ou de déblayer des gravats. Une partie d’un bâtiment voisin est recouverte d’un filet de sécurité vert. Au premier plan, une banderole bilingue en chinois et en tibétain porte l’inscription : « Forger un profond sentiment d’appartenance à la communauté de la nation chinoise ». À l’arrière-plan, on distingue les vastes étendues de logements monastiques en bois rouge de Larung Gar, qui s’étendent dans la vallée et sur les versants, soulignant que les démolitions ont lieu au cœur même du complexe monastique.
Des images satellites haute résolution datées du 27 juillet, obtenues par l’ICT, montrent que les démolitions se concentrent autour du centre de l’académie de Serthar. Comparées aux images de Google Earth librement accessibles datant du 10 août 2019, elles révèlent des changements importants autour de la zone centrale de l’académie. Des images plus récentes, datées du 14 août et obtenues par Radio Free Asia (RFA), montrent une zone dégagée autour du centre, ainsi que la route incurvée menant aux bâtiments centraux, désormais débarrassée des constructions ; des camions-bennes et des pelleteuses sont également visibles. Dans leur ensemble, les images satellites et les photographies confirment que les autorités chinoises poursuivent cette nouvelle campagne de démolitions à l’académie bouddhiste de Serthar, dont l’ICT avait fait état pour la première fois le 17 juillet.



Sinisation et « renforcement du sentiment d’appartenance à la nation chinoise »
Ces démolitions s’inscrivent dans le contexte de la nouvelle « loi sur l’unité et le progrès ethniques » du gouvernement chinois, entrée en vigueur le 1er juillet 2026, ainsi que dans le prolongement de politiques menées de longue date visant à « siniser » le bouddhisme tibétain et à le placer sous l’autorité du PCC.
Les précédentes campagnes de démolition, menées en 2001 et en 2016, avaient elles aussi mobilisé des équipes de chantier accompagnées de forces de sécurité. Des logements avaient été désignés pour être détruits, leurs occupants contraints de signer des documents leur interdisant de revenir, et des religieux évacués de l’académie en bus. L’impact cumulé de ces différentes campagnes de démolition a considérablement réduit l’emprise physique et la population de l’académie de Serthar, transformant certaines parties de ce qui était autrefois une vallée religieuse densément peuplée, qui accueillait jusqu’à environ 40 000 pratiquants à son apogée.
Les démolitions actuellement menées à Serthar Larung Gar ne sont pas de simples mesures administratives ou logistiques ; elles constituent la manifestation concrète d’une politique répressive de l’État chinois visant à « renforcer le sentiment d’appartenance à la nation chinoise » et à assurer la « sinisation de la religion ». Les éléments visuels témoignent de la destruction physique en cours, mais ces transformations sont indissociables d’une campagne idéologique parallèle visant à faire de l’académie, autrefois un centre autonome d’étude du bouddhisme, une institution étroitement contrôlée et alignée sur les priorités du PCC.
Le cadre idéologique : « renforcer le sentiment d’appartenance à la nation chinoise »
L’intervention physique de l’État chinois est guidée par des directives qui imposent aux religieux de faire passer leur loyauté politique avant l’étude traditionnelle du bouddhisme. Cette approche s’inscrit dans le concept, défendu par l’État-parti chinois, de « sentiment d’appartenance à la communauté de la nation chinoise », une directive explicitement adressée aux hauts responsables religieux.
Lors d’une « réception autour d’un thé » organisée en janvier 2022 à l’occasion des célébrations du Nouvel An tibétain, des responsables religieux, dont Khenpo Tsultrim Lodro, vice-doyen exécutif de l’académie, et Khenpo Sodargye, directeur exécutif adjoint de son comité de gestion, ont reçu des responsables du Parti pour instruction d’approfondir la « sinisation de la religion » et de jouer un rôle actif dans la préservation de l’unité nationale.
Ces rituels publics ont un objectif précis : obtenir de figures éminentes du bouddhisme tibétain qu’elles légitiment les politiques de l’État. En exigeant des serments de loyauté et en diffusant leur soumission sur la télévision d’État, les autorités cherchent à donner une image d’harmonie tout en renforçant une stricte relation de subordination.

« Rééducation patriotique » et « cinq identifications »
Le démantèlement physique de Larung Gar a systématiquement été précédé de campagnes d’endoctrinement politique, souvent qualifiées de « rééducation patriotique » par l’État chinois. Ces séances visent à inculquer une loyauté absolue envers l’État chinois et le PCC.
L’affirmation des « cinq identifications » constitue un élément central de cet endoctrinement. Elle impose aux moines et aux nonnes de s’identifier à « la grande patrie, la nation chinoise, la culture chinoise, le PCC et le socialisme aux caractéristiques chinoises », comme le montre ce rapport de mai 2021 consacré aux activités menées au sein de l’académie. Ce cadre idéologique vise à faire de la communauté monastique une composante de l’identité nationale chinoise, plutôt qu’une communauté relevant d’une identité culturelle ou religieuse tibétaine distincte.

Hiérarchie juridique : la loi nationale prime sur les règles religieuses
En janvier 2026, l’Association bouddhiste du comté de Serthar, contrôlée par l’État, a intensifié cette campagne en lançant une campagne axée sur les « trois consciences » : conscience nationale, conscience citoyenne et conscience de l’État de droit. Son objectif principal est d’amener les religieux à intérioriser le principe selon lequel « la loi nationale est supérieure aux règles religieuses ». En inscrivant cette hiérarchie dans la vie quotidienne de l’académie, l’État cherche à aligner les pensées et les actions des pratiquants religieux sur les décisions des comités du Parti aux niveaux central et provincial.

Sécuritisation et identité nationale
La volonté des autorités chinoises de renforcer le sentiment d’appartenance à la nation chinoise est également présentée comme un élément central de la sécurité nationale. À la mi-avril 2026, l’académie a fait l’objet d’une série d’activités d’« éducation à la sécurité nationale », notamment des cérémonies obligatoires de lever du drapeau et des cérémonies de prestation de serment. Ces séances visent à inculquer un « sens collectif des responsabilités » aux moines comme aux cadres afin de garantir la sécurité de l’État.
Cette campagne s’est également immiscée dans la vie privée des religieux par le biais d’« activités de sensibilisation » qui diffusent directement dans leurs logements des contenus de propagande juridique et politique. En distribuant des brochures sur les lois relatives à la sécurité nationale et à la lutte contre l’espionnage, l’État cherche à susciter l’adhésion à son agenda de sécurité nationale chinoise et, de fait, à transformer la communauté monastique en une unité étroitement surveillée et appelée à s’autosurveiller au service de l’État.

Démolitions et endoctrinement fragilisent l’autonomie de Larung Gar
Les démolitions de logements monastiques et les campagnes d’endoctrinement idéologique menées de façon continue se déroulent parallèlement à Larung Gar.
La destruction des logements démantèle systématiquement les infrastructures matérielles qui permettaient à l’académie de fonctionner comme un centre religieux autonome, dispersant sa communauté, perturbant la vie monastique collective et rendant beaucoup plus difficile son fonctionnement en tant que centre indépendant d’étude et de pratique du bouddhisme. Parallèlement, les séances d’endoctrinement visent à remplacer l’identité religieuse traditionnelle par une identité nationale imposée par l’État, en exigeant des religieux et des résidents qu’ils intériorisent l’idéologie du Parti, leur loyauté envers l’État chinois et une conception redéfinie de leur appartenance, qui fait primer l’allégeance politique sur la lignée spirituelle et l’identité culturelle tibétaine.
En contraignant Larung Gar à « s’adapter » à la société socialiste, le gouvernement chinois ne se contente pas de transformer une institution : il en sape systématiquement l’autonomie. La destruction matérielle et l’endoctrinement idéologique se renforcent mutuellement et restreignent considérablement la capacité de l’académie à fonctionner selon ses propres traditions religieuses et communautaires. Elle est au contraire progressivement remodelée pour servir un objectif unique : celui d’une communauté nationale unifiée et « sinisée », dans laquelle les centres indépendants d’autorité du bouddhisme tibétain sont placés sous la tutelle de l’État et du Parti communiste chinois.
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