Un nouveau rapport d’ICT sonne l’alerte sur le futur de la langue tibétaine
Que signifie réellement la disparition d’une langue ? Comme les chercheurs et responsables tibétains mettent en garde depuis des décennies, l’extinction d’une langue et de son écriture ne se limite pas à la perte de mots : elle efface une culture, une mémoire et une identité. Le nouveau rapport d’ICT, Au-delà de « Ni chèvre ni mouton », montre à quel point la langue tibétaine est aujourd’hui proche de ce point de rupture.
Le rapport documente la manière dont l’évolution des politiques de l’État chinois pousse progressivement le tibétain hors de la sphère publique. À travers des réformes dans l’éducation, le droit et les critères d’accès à l’emploi, le tibétain est marginalisé au profit du mandarin. Il en résulte moins d’opportunités pour les Tibétains qui étudient leur propre langue, un recul de l’enseignement en langue tibétaine et une pression croissante – en particulier pour les jeunes – d’abandonner l’usage du tibétain dans la vie quotidienne.
Ce que les Tibétains désignaient autrefois par le terme Ramalug, l’infiltration progressive de mots chinois dans les conversations tibétaines, s’est transformé en un phénomène bien plus grave. Même dans un contexte extrêmement répressif, des Tibétains prennent aujourd’hui la parole, au péril de leur sécurité, pour dénoncer des politiques qui menacent la survie même de leur langue. Cette inquiétude est également partagée à l’international : la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale (USCIRF) qualifie la situation de « génocide culturel en cours des bouddhistes tibétains ».
S’appuyant sur une analyse juridique et un éclairage historique, le rapport retrace le passage de politiques reconnaissant et promouvant les droits linguistiques tibétains à l’ère de Xi Jinping, marquée par des efforts systématiques visant à imposer une identité nationale chinoise unique. En affaiblissant les protections existantes et en introduisant de nouvelles lois qui les vident de leur substance, Pékin crée l’illusion du choix tout en le refusant dans les faits aux Tibétains. Le message du rapport est clair et urgent : l’érosion de la langue tibétaine n’est pas accidentelle. Elle est le produit de politiques délibérées, et ses conséquences seront irréversibles si elles ne sont pas contestées.
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