Lors de la 60ᵉ session du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies qui s’est tenue à Genève du 8 septembre au 8 octobre 2025, la situation au Tibet a été un point central de préoccupation pour les gouvernements et les organisations de la société civile commentant le bilan des droits humains de la Chine. De nombreuses interventions ont condamné la répression persistante en Tibet, en mettant particulièrement l’accent sur l’assimilation forcée, les restrictions sévères à la liberté religieuse et les détentions arbitraires.
Prises de positions de gouvernements
Des pays tels que l’Australie, la Finlande, l’Irlande, la Suède, l’Allemagne, la Suisse, le Japon et le Royaume-Uni ont exprimé de vives inquiétudes concernant le traitement réservé aux Tibétains par la Chine. L’Australie a explicitement condamné l’ingérence dans la succession du Dalaï Lama, affirmant que la direction religieuse doit rester libre de toute manipulation politique. Le Royaume-Uni et l’Union européenne ont appelé à la libération des défenseurs des droits humains tibétains et ont exhorté la Chine à coopérer avec les mécanismes de l’ONU et à mettre en œuvre les recommandations du Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCDH).
La société civile face aux violations au Tibet
S’exprimant au nom de Helsini Foundation for Human Rights lors de l’Item 4, Franz Matzner d’ICT a lancé un avertissement sans équivoque :
« Les violations des droits humains infligées par la République populaire de Chine au peuple tibétain ne constituent pas un statu quo stagnant en attente de ‘progrès’. Elles sont de plus en plus graves, généralisées et systématiques, reflétant un agenda délibéré visant à effacer la civilisation tibétaine. »
Il a notamment noté l’absence de voix politique des Tibétains et leur déplacement forcé en raison de projets de développement chinois, comme les barrages hydroélectriques, la destruction de sites religieux et la surveillance généralisée. Il a appelé à un engagement ferme et transparent de la part du HCDH, du Conseil des droits de l’homme et des États membres pour prendre des mesures concrètes contre les violations croissantes de la Chine.
Sous l’Item 3, Mélanie Blondelle d’ICT, s’exprimant également au nom de Helsinki Fondation for Human Rights, a souligné la détention arbitraire de Tibétains, notamment :
- Les moines Drugdra, Lobsang Khedrup et Lobsang Gephel, emprisonnés pour avoir exprimé pacifiquement leur loyauté envers le Dalaï Lama.
- Les moines senior Sherab et Gonpo Tsering, condamnés pour avoir protesté contre le projet de barrage de Kamtok. Gonpo Tsering aurait été torturé, le laissant aveugle et incapable de parler.
Elle a exhorté le Conseil à exiger la libération immédiate de tous les Tibétains détenus arbitrairement et à tenir la Chine responsable de ses efforts systématiques pour réduire au silence toute dissidence et effacer l’identité tibétaine.
Phuntsok Topgyal, responsable de l’advocacy à l’ONU pour le Bureau du Tibet à Genève, a également présenté un exposé détaillant des cas récents de répression au Tibet, parmi lesquels :
- Le décès sous garde de Tulku Palden Wangyal, un leader religieux respecté.
- L’emprisonnement continu de l’entrepreneur tibétain Tashi Dorjee et les représailles contre sa sœur Gonpo Kyi.
- La détention de chanteurs tibétains pour avoir interprété une chanson en l’honneur du 90ᵉ anniversaire du Dalaï Lama.
- L’arrestation de moines du monastère de Yena pour avoir protesté contre un projet hydroélectrique.
Le Haut-Commissaire évoque le Tibet – ICT : « Plus doit être fait »
Dans son rapport global, le Haut-Commissaire aux droits de l’homme Volker Türk a reconnu la détérioration de la situation des droits humains au Tibet, ainsi que ses inquiétudes concernant le Turkestan oriental et Hong Kong. Il a noté que les progrès pour protéger les droits des Tibétains « ne se sont pas encore concrétisés », malgré des années d’engagement avec la Chine. ICT exprime sa profonde déception face à l’absence d’un engagement direct et soutenu du Haut-Commissaire sur les questions spécifiques au Tibet. Si ses remarques ont évoqué la répression et l’assimilation culturelle forcée, les critiques estiment que le bureau du Haut-Commissaire doit adopter une position plus proactive, incluant des visites sur le terrain et un suivi renforcé des communications de l’ONU.
Le droit de réponse de la Chine
Le 23 septembre, la délégation chinoise a exercé son droit de réponse officiel, livrant une réplique virulente à la vague de critiques émanant des gouvernements et des ONG. La Chine a accusé ses détracteurs de « politiser les droits humains » et d’interférer dans ses affaires internes, affirmant que le Tibet bénéficie de stabilité, de développement et de liberté religieuse. Cette posture combative a souligné la résistance continue de la Chine au contrôle international, son refus des recommandations de l’ONU et son mépris total du respect des normes internationales en matière de droits humains.
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