Un nouveau rapport révèle une surveillance chinoise utilisant l’IA contre le gouvernement tibétain en exil, des membres de la communauté bouddhiste, ICT et SFT

Les conclusions d’Anthropic montrent que des acteurs malveillants basés en Chine ont donné pour instruction à l’IA Claude d’adopter le discours officiel chinois sur le Tibet.

Un nouveau rapport d’Anthropic intitulé « Detecting and countering misuse of AI: September 2026 » (« Détecter et contrer les usages abusifs de l’IA : septembre 2026 »), apporte des éléments préoccupants montrant que des acteurs basés en Chine et proches des autorités chinoises ciblent le gouvernement tibétain en exil, ou Administration centrale tibétaine (CTA), ainsi que des membres de la société civile bouddhiste tibétaine et des organisations de défense de la cause tibétaine, notamment International Campaign for Tibet (ICT) et Students for a Free Tibet (SFT).

Ces conclusions, qui s’appuient sur des opérations malveillantes identifiées sur Claude, l’IA d’Anthropic, à l’aide des modèles Claude Haiku, Sonnet et Opus entre décembre 2025 et août 2026, apportent des éléments indépendants attestant l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) dans la surveillance de Tibétains, d’Ouïghours, de Taïwanais et d’autres groupes religieux par des acteurs malveillants liés au Département du travail du Front uni du Parti communiste chinois, au ministère de la Sécurité d’État et à l’ancienne Administration d’État des affaires religieuses.

ICT est particulièrement préoccupée par ce rapport, qui montre que des outils d’IA sont utilisés pour promouvoir le discours politique du gouvernement chinois sur le Tibet, ce qui pourrait fournir à Pékin un nouveau moyen puissant de diffuser et de normaliser ce discours à grande échelle dans l’espace numérique. Le rapport met également en évidence l’intégration poussée des modèles d’IA dans le travail quotidien des bureaux municipaux de sécurité publique et des bureaux de la sécurité d’État de la République populaire de Chine (RPC), notamment pour le « maintien de la stabilité » et la répression transnationale.

« Lorsque la société civile bouddhiste tibétaine, le gouvernement tibétain en exil et les organisations qui défendent pacifiquement les droits des Tibétains font l’objet d’une surveillance assistée par l’IA, il ne s’agit pas simplement d’un usage abusif d’une nouvelle technologie. C’est la modernisation de la répression transnationale », a déclaré la présidente d’ICT Tencho Gyatso. « Les gouvernements et les entreprises d’IA doivent veiller à ce que les technologies conçues pour élargir les connaissances humaines ne deviennent pas des instruments permettant aux gouvernements autoritaires de surveiller les populations, d’intimider les communautés et d’imposer leur propre version de l’histoire dans l’univers numérique », a-t-elle ajouté.

Selon Anthropic, l’opération visant des membres de la société civile bouddhiste tibétaine, l’Administration centrale tibétaine (CTA) et des organisations de défense de la cause tibétaine, citant explicitement ICT et SFT, a utilisé Claude pour transformer des informations multilingues en dossiers de renseignement en chinois, en bases de données sur des organisations et en rapports quotidiens de « connaissance de la situation ». Les opérateurs ont recueilli des informations personnelles, surveillé des plateformes de réseaux sociaux chinoises et internationales et effectué des reconnaissances physiques de lieux religieux, notamment en recueillant des plans et des informations sur la structure des bâtiments.

Anthropic a également constaté que les opérateurs demandaient à Claude d’adopter « le point de vue de la Chine » et de qualifier l’administration tibétaine en exil d’« administration séparatiste illégale ». Anthropic a par ailleurs mis au jour une opération distincte basée en Chine dans laquelle l’IA était utilisée pour imposer la terminologie privilégiée par la RPC et reformuler des articles de médias étrangers critiques à l’égard de la Chine à destination de notes de renseignement gouvernementales.

« Depuis des décennies, Pékin cherche à contrôler le Tibet en contrôlant nos institutions, notre religion, notre langue et le récit que le monde entend sur le Tibet. Ce que Pékin a cherché à imposer dans les espaces physiques du Tibet ne doit pas devenir la version de référence du Tibet dans les espaces numériques du monde », a déclaré Gyatso. « L’intelligence artificielle devrait élargir l’accès aux connaissances, et non accélérer la surveillance, l’intimidation et l’effacement de l’histoire et de l’identité d’un peuple. »

Les autorités chinoises cherchent depuis longtemps à remodeler l’identité tibétaine et la compréhension de l’histoire du Tibet en restreignant l’enseignement en langue tibétaine, en imposant une éducation politique, en contrôlant le bouddhisme tibétain et en s’efforçant de remplacer le nom internationalement reconnu de « Tibet » par une terminologie privilégiée par Pékin. Les conclusions d’Anthropic semblent indiquer une extension numérique de cette entreprise, dans laquelle l’IA pourrait reproduire à grande vitesse et à grande échelle le cadrage politique de Pékin sur le Tibet.

Ces conclusions font écho à des tendances documentées séparément par OpenAI, qui a fait état d’acteurs liés à la RPC cherchant à obtenir une assistance pour surveiller les réseaux sociaux à grande échelle, établir des profils de personnes critiques à l’égard du gouvernement et identifier des contenus à caractère ethnique, religieux et politique. OpenAI a également fait état d’un projet de système d’« alerte précoce » combinant des données de transport et de police afin d’identifier les déplacements de personnes classées comme « liées aux Ouïghours » et « à haut risque » ; OpenAI n’a toutefois pas pu établir si ce système avait effectivement été déployé.

ICT appelle donc les gouvernements et les entreprises d’IA à prendre immédiatement deux mesures :

  1. Les entreprises d’IA doivent prévenir et signaler la répression transnationale facilitée par l’IA. Les fournisseurs devraient empêcher le profilage politique, religieux et ethnique, détecter les opérations coordonnées de surveillance liées à des États ainsi que les tentatives de manipulation du discours, fermer les comptes utilisés à des fins abusives, partager les indicateurs de menace et, lorsque cela peut être fait en toute sécurité, avertir les personnes et organisations ciblées.
  2. Les gouvernements du monde entier, notamment celui des États-Unis, doivent enquêter sur les opérations chinoises utilisant l’IA et protéger les communautés ciblées. Aux États-Unis, le projet de loi H.R. 6909 – désigné sous le nom de China AI Threat Assessment Act et présenté au Congrès le 18 décembre 2025 – imposerait une évaluation des services de renseignement portant sur l’utilisation potentielle de l’IA chinoise à des fins d’influence étrangère, de surveillance et de manipulation de l’information visant les États-Unis et leurs alliés. L’ICT demande que cette évaluation porte notamment sur le ciblage, facilité par l’IA, des Tibétains, des Ouïghours et d’autres communautés de la diaspora, des institutions religieuses et des organisations de défense des droits humains, et qu’elle formule des recommandations concernant les mesures de protection et les mécanismes permettant de partager les informations sur les menaces avec les personnes et communautés exposées.

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