La deuxième Conférence internationale sur la communication au Tibet, organisée à Lhassa le 16 juin 2026, représente une nouvelle étape importante dans les efforts de l’État chinois visant à institutionnaliser et à technologiser son discours officiel sur le Tibet, conformément aux dispositions de la nouvelle Loi sur l’unité et le progrès ethniques. La conférence a mis en avant une stratégie combinant récits émotionnels, intelligence artificielle, révisionnisme historique et coordination institutionnelle afin de façonner « de manière proactive » le discours mondial sur le Tibet, mettant ainsi en œuvre plusieurs dispositions de cette nouvelle loi.
Présentée sous le thème apparemment inoffensif « Compréhension et soutien, empathie et connexion », la conférence a en réalité avancé un cadre sophistiqué destiné à mettre en place un système de propagande hautement contrôlé et « proactif », qui ne cherche pas seulement à défendre les positions officielles chinoises, mais à dominer le débat international et à dissimuler les violations des droits humains commises au Tibet.

L’empathie comme outil de propagande
L’un des axes centraux de la conférence était l’évolution vers une « innovation narrative », notamment par l’utilisation de « l’empathie interculturelle ».
Li Yafang, Présidente de l’Académie d’études sur la Chine contemporaine et le monde, a explicitement affirmé qu’une communication efficace nécessitait de présenter les évolutions à travers « les expériences des gens ordinaires ». En mettant l’accent sur des « détails authentiques » soigneusement sélectionnés et sur des anecdotes individuelles de « solidarité », l’État chinois cherche à créer une réalité alternative émotionnellement convaincante sur le Tibet, capable de toucher le public international tout en échappant à tout examen critique.
Cette approche est encadrée juridiquement par l’article 19 de la Loi sur l’unité et le progrès ethniques (EUPL pour Ethnic Unity and Progress Law), qui stipule que « les médias d’information tels que les journaux, la radio et la télévision, ainsi que les organismes de publication et les fournisseurs de services en ligne, doivent mener des activités telles que la communication publique, les reportages et la présentation des réalisations visant à forger un fort sentiment d’appartenance à la communauté de la nation chinoise ».
Cette approche correspond également aux directives du secrétaire du Parti au Tibet, Wang Junzheng, émises conformément à l’article 2 de la EUPL, selon lesquelles « la Conférence internationale sur la communication au Tibet constitue une mesure importante pour mettre en œuvre la pensée culturelle de Xi Jinping, ses importantes instructions sur le travail lié au Tibet et la stratégie du Parti pour gouverner le Tibet dans la nouvelle ère ». Les propos de Wang révèlent que « l’empathie » n’est pas conçue comme un moyen de parvenir à une compréhension mutuelle, mais comme un outil de propagande destiné à créer une perception internationale favorable à la stratégie de gouvernance de l’État chinois.
Désinformation proactive
Yang Dezhi, rédacteur en chef du magazine chinois Tibet, a déclaré que la responsabilité de l’époque actuelle consistait à « briser les faux récits » en fondant la communication sur des « raisonnements historiques et juridiques ». Cette stratégie vise à dépasser les « réponses passives » aux critiques extérieures en utilisant de manière proactive des « faits historiques et des preuves » fabriqués par l’État afin d’orienter l’opinion publique internationale autour du récit officiel du Parti communiste chinois (PCC).
Par exemple, à la mi-mai, Sonam Nyima, ministre du Département du travail du Front uni de la région autonome du Tibet, lors d’une tournée d’inspection dans quatre districts tibétains de Ngari (Ali), près de la frontière entre l’Inde et le Tibet, a appelé à utiliser la recherche archéologique pour promouvoir une histoire de l’intégration du Tibet à la « patrie ».
De même, Li Ganjie, responsable du Département du travail du Front uni du Comité central du PCC, lors du 40e anniversaire du Centre chinois de recherche en tibétologie organisé à Pékin le 2 juin, a demandé aux « tibétologues » contrôlés par l’État de produire des recherches visant à « prouver » le récit officiel selon lequel « le Tibet fait partie intégrante de la Chine » et que la « culture populaire » tibétaine appartient à la culture chinoise.
Afin de donner une apparence d’objectivité internationale, la récente Conférence internationale sur la communication au Tibet a mis en avant des « experts étrangers » validant le récit officiel. Ainsi, le média d’État chinois Global Times a diffusé des images du professeur indien Manukonda Rabindranath affirmant que ses observations du Tibet étaient « complètement différentes » des reportages des médias occidentaux. De même, le professeur népalais Kundan Aryal a déclaré que « la province de Xizang [sic] n’est pas inférieure à n’importe quelle ville moderne du monde », tandis que l’universitaire sri-lankais Gayan Madushanka a affirmé que « certains pays occidentaux élaborent des récits pour rabaisser les pays asiatiques ».
Ces témoignages font partie intégrante de la stratégie de Pékin consistant à utiliser des voix internationales afin de donner de la crédibilité à un système qui reste, au fond, une mise en œuvre descendante des objectifs diplomatiques nationaux chinois.
Le recours au techno-féodalisme chinois
L’aspect probablement le plus significatif de la conférence réside dans son accent mis sur « l’autonomisation technologique », prévue par l’article 31 de la EUPL.
Les participants ont examiné comment les technologies émergentes peuvent être utilisées pour améliorer l’efficacité de la communication dans une « ère guidée par les algorithmes ». Cela comprend l’utilisation de « l’intelligence artificielle et de nouveaux moyens » afin de remodeler le paysage de la communication et d’établir des « mécanismes scientifiques » permettant d’évaluer la réception des messages de l’État.
Cette orientation technologique laisse penser à un passage vers une segmentation ciblée des publics, utilisant notamment des créateurs de contenus étrangers. Les responsables ont appelé à une « expression régionalisée, segmentée et précise » afin de répondre aux besoins spécifiques des différents publics à l’étranger.
En utilisant les « nouvelles technologies médiatiques » et la « co-création de contenus internationaux », probablement avec le recours à des propagandistes étrangers tels que Daniel Dumbrill, Andy Boreham ou Jason Smith, l’État chinois cherche à saturer les espaces numériques mondiaux avec ses récits privilégiés, en utilisant les algorithmes pour amplifier les voix approuvées par l’État tout en marginalisant les voix tibétaines authentiques.
Consolidation institutionnelle
La conférence a également servi à formaliser un réseau de « participation coordonnée » et à consolider les plateformes de propagande diffusant des informations trompeuses sur le Tibet.
La signature de l’« Accord-cadre de coopération coordonnée pour la communication internationale sur le Xizang » par dix organisations, dont le Groupe chinois des communications internationales (CICG), conformément à l’article 17 de la EUPL, témoigne d’une évolution vers une industrie de propagande centralisée.
Cette consolidation institutionnelle est renforcée par la nomination de sept experts de « groupes de réflexion » et par le lancement officiel du « China Today Xizang Salon », créant une chambre d’écho auto-entretenue composée d’universitaires conformes et d’acteurs médiatiques favorables au régime. Le « Salon », présenté comme une « plateforme dédiée aux échanges culturels internationaux réguliers », a déjà été lancé dans neuf villes en Chine et à l’étranger, notamment au Caire, en Égypte, et à Madrid, en Espagne.
Avec le lancement officiel du « China Today Xizang Salon » à Lhassa, une multiplication de structures similaires est attendue dans les prochaines années.
Conclusion
La deuxième Conférence internationale sur la communication au Tibet constitue un plan directeur pour une nouvelle ère de gestion du récit. En combinant des récits « centrés sur l’humain », un révisionnisme historique agressif et l’exploitation du techno-féodalisme chinois, l’État chinois tente de construire un « récit du Xizang » émotionnellement convaincant, conformément à la directive du président Xi Jinping consistant à « raconter une bonne histoire chinoise ».
Cependant, les efforts du Parti-État visant à façonner l’opinion publique internationale sur le Tibet n’ont jusqu’à présent pas atteint leurs objectifs. Reconnaissant cette difficulté, Ye Hailin de l’Académie chinoise des sciences sociales a déploré dans son discours d’ouverture que « les efforts de communication internationale concernant le Xizang rencontrent un défi. Même avec de nombreux faits et chiffres à partager, nous avons toujours du mal à ébranler les stéréotypes profondément ancrés et à montrer au monde l’image réelle ».
Le fait demeure qu’en définitive, aucun investissement financier, aucune ingénierie narrative ni aucun raffinement propagandiste n’ont réussi à dissimuler la réalité et la vérité sur le Tibet. À l’ère de la connectivité mondiale, les faits s’avèrent bien plus résistants que les mensonges.
Contexte
Chronologie du développement du système chinois organisé de propagande extérieure sur le Tibet :
- Mai 2021 : Session d’étude collective du Bureau politique du Comité central du PCC consacrée au renforcement des capacités de communication internationale.
- Automne 2021 : Lancement d’une campagne visant à remplacer, dans la propagande extérieure et la diplomatie, le nom internationalement reconnu de « Tibet » par le terme sinisé « Xizang ».
- 2 septembre 2024 : Inauguration du Centre international de communication sur le Tibet à Lhassa lors d’une table ronde intitulée « Construire un système de communication internationale plus efficace sur le Tibet », organisée conjointement par le Département de la propagande du Comité du Parti de la région autonome du Tibet et l’Administration chinoise des publications en langues étrangères.
- 29 octobre 2025 : Première Conférence internationale sur la communication au Tibet, sous le thème « Construire une plateforme de dialogue mondial », organisée à Nyingtri, dans la région autonome du Tibet.
- 16 juin 2026 : Deuxième Conférence internationale sur la communication au Tibet, sous le thème « Compréhension et soutien, empathie et connexion », organisée à Lhassa, dans la région autonome du Tibet.
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