Une nouvelle résolution du Sénat tchèque conteste les ingérences de la Chine dans la succession du Dalaï Lama

Le Sénat de la République tchèque a adopté le mois dernier une résolution s’opposant aux ingérences chinoises dans la succession du Dalai Lama et affirmant le droit du peuple tibétain à choisir librement son chef spirituel.

La résolution, adoptée le 25 mars par 40 voix pour et aucune contre, affirme clairement que la République populaire de Chine ne dispose d’aucune autorité légitime pour désigner le successeur du 14e Dalai Lama et appelle le gouvernement tchèque à soutenir le libre choix par les Tibétains du 15e Dalai Lama. Elle exprime également une vive inquiétude face à la récente adoption par la Chine de la « loi sur la promotion de l’unité ethnique et du progrès », que le Sénat décrit comme un instrument « prônant ouvertement l’assimilation » et restreignant les libertés culturelles, religieuses et linguistiques, y compris pour les Tibétains.

This image has an empty alt attribute; its file name is Jitka-Svietlova-Czech-Senate-res-Tibet-25-March-2026.png
La sénatrice Jitka Svietlova, Vice-Présidente du Sénat tchèque, présentant la résolution le 25 mars. (Photo : capture d’écran de la retransmission du Sénat tchèque)

Wangpo Tethong, Directeur exécutif d’International Campaign for Tibet Europe, a salué l’adoption de la résolution, déclarant : « Avec cette résolution, le Sénat tchèque a clairement affirmé que le soutien de la République tchèque au Tibet demeure inébranlable. Elle envoie un signal fort : le choix de la réincarnation du Dalaï Lama relève exclusivement du peuple tibétain, et les tentatives inacceptables de Pékin pour le contrôler feront l’objet d’un examen attentif de la communauté internationale. »

L’adoption de cette résolution reflète un effort collectif, rendu possible grâce à l’engagement constant de groupes de soutien au Tibet tels que Czechs Support Tibet, ainsi que du Bureau du Tibet à Genève et de parlementaires tchèques engagés.

Par cette initiative, le Sénat tchèque rejoint une liste croissante de gouvernements et de parlements ayant publiquement affirmé la liberté religieuse au Tibet et le droit des Tibétains à déterminer leur direction spirituelle, notamment aux États-Unis, en Allemagne, en Belgique, aux Pays-Bas et au sein de l’Union européenne. En juillet 2025, des experts indépendants des Nations unies en matière de droits de l’homme ont exprimé leur inquiétude face à l’intention déclarée du gouvernement chinois de désigner lui-même le prochain Dalaï-Lama.

Cette résolution constitue la dernière manifestation de la solidarité de longue date du peuple tchèque envers le Tibet, illustrée par les visites régulières de délégations parlementaires à Dharamshala, en Inde (siège de l’Administration centrale tibétaine), ainsi que par la rencontre historique entre le président tchèque Petr Pavel et Sa Sainteté le Dalaï-Lama en Inde en juillet 2025. La récente reconstitution du groupe parlementaire tchèque pour le Tibet à la suite des élections témoigne également d’un soutien politique durable et large en faveur du Tibet, ainsi que d’un engagement renouvelé à se tenir fermement aux côtés du peuple tibétain dans sa lutte pour la liberté et la justice.

Lisez ci-dessous la résolution complète du Sénat tchèque (également disponible ici). Veuillez noter qu’il s’agit d’une traduction non officielle réalisée par International Campaign for Tibet à partir du projet de résolution. La version finale sera prochainement disponible sur le site du Sénat.

L’enregistrement vidéo du débat sur la résolution est disponible ici (en tchèque).


Résolution du Sénat tchèque

Adoptée lors de la 22e session tenue le 25 mars 2026

Sur la désignation du 15e Dalai Lama et la situation des minorités à la suite de l’adoption de la loi sur la promotion de l’unité ethnique et du progrès en République populaire de Chine

Le Sénat

  1. rappelle les relations chaleureuses de longue date entre le peuple de la République tchèque et le peuple tibétain, ainsi que la rencontre privée du Président de la République le 27 juillet 2025 à Leh, au Ladakh, et la rencontre de la délégation parlementaire tchèque à Dharamsala le 10 décembre 2025 avec le lauréat du prix Nobel de la paix, le 14e Dalai Lama ;
  2. rappelle que la Constitution de la République populaire de Chine (RPC) garantit les droits des minorités nationales, y compris le droit d’utiliser leur propre langue et de développer leur propre culture, ce qui s’applique également aux habitants de la Région autonome du Tibet ;
  3. considère le bouddhisme et les traditions spirituelles du Tibet comme une expression culturelle unique, qui doit être protégée et développée, notamment dans l’esprit des engagements volontairement pris par la RPC en tant qu’État membre de l’UNESCO, en particulier par son adhésion à la Déclaration universelle sur la diversité culturelle (2001) et la ratification de la Convention de 2005 sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, qui établit le principe de l’égale dignité et du respect de toutes les cultures (article 2, paragraphe 3), l’obligation de créer les conditions nécessaires aux expressions culturelles des peuples autochtones (article 7, paragraphe 1, point a), ainsi que certaines limites à l’élaboration des politiques culturelles par les États parties (article 2, paragraphe 2), la souveraineté des États ne devant pas restreindre ou effacer la diversité culturelle mais au contraire la protéger et la promouvoir ;
  4. note avec inquiétude les informations selon lesquelles la République populaire de Chine a adopté, le 12 mars 2026, une nouvelle loi sur la promotion de l’unité ethnique et du progrès, qui promeut ouvertement l’assimilation et impose des restrictions à la culture, à la liberté religieuse et à l’éducation dans les langues des minorités, loi également critiquée par le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme ;
  5. exprime sa préoccupation face aux informations faisant état d’efforts de longue date de la République populaire de Chine pour influencer la désignation du futur 15e Dalai Lama et partage les préoccupations de l’Administration centrale tibétaine, de la diaspora tibétaine et de la communauté bouddhiste tibétaine concernant les ingérences de la République populaire de Chine dans le libre choix par le peuple tibétain du 15e Dalai Lama ;
  6. respecte les libertés religieuses du peuple tibétain dans le cadre de sa tradition bouddhiste unique, y compris la liberté de choisir ses dirigeants religieux sans ingérence de la République populaire de Chine ;
  7. soutient la tenue de discussions libres par l’Administration centrale tibétaine et le peuple tibétain sur la désignation du prochain chef spirituel, le 15e Dalai Lama, sans pression ni ingérence de la République populaire de Chine ;
  8. déclare que la République populaire de Chine ne dispose d’aucune autorité légitime pour désigner le successeur du 14e Dalai Lama et que la désignation du 15e Dalai Lama relève exclusivement du peuple tibétain ;
  9. recommande que le gouvernement de la République tchèque soutienne le libre choix du 15e Dalai Lama dans le respect de la liberté religieuse du peuple tibétain ; et
  10. autorise le Président du Sénat à transmettre la présente résolution au Premier ministre de la République tchèque et au ministre des Affaires étrangères de la République tchèque.

Miloš Vystrčil, président du Sénat par intérim
Martin Krsek, vérificateur du Sénat par intérim

Soutenez les Tibétains dans leur lutte pour la liberté en faisant un don ici !